FRAGRANCES D’UN DISCOURS AMOUREUX
SE PARFUMER EN ACCORD AVEC SON AMOUREUX ET VICE VERSA ? ENTRE SENTEURS MIXTES ET SILLAGES VOLUPTUEUX, DÉCRYPTAGE DE CES NOUVELLES AFFINITÉS OLFACTIVES PAR LAURENCE FERAT/ PHOTOS ETIENNE FRANCEY / RÉALISATION MATHILDE CAMPS AMOUREUX
LE SWAGGAP? EN MODE, CETTE EXPRESSION, POPULARISÉE par les réseaux sociaux, désigne un décalage de style entre les deux partenaires d’un couple. Ce désaccord est-il transposable dans l’univers des parfums ? En clair, un couple doit-il être olfactivement compatible ? « Le cinquième sens est directement lié au cerveau limbique, celui des émotions », assure Roland Salesse, ancien chercheur au CNRS sur l’olfaction, auteur de Faut-il sentir bon pour séduire ? (Éditions Quae). « Ce système primitif associe une odeur à une émotion. Et notre inconscient garde à vie une trace et parfois un a priori. » LIRE LA SUITE
LES PARFUMS ONT-ILS UN GENRE ? Interview d’Annick Le Guérer
PARLER DE FRAGRANCE masculine ou féminine n’a pas toujours été la règle. « Le fait de genrer les parfums date de l’arrivée de la chimie et de l’industrialisation, au début du XXe siècle », commente l’historienne Annick Le Guérer. Celle qui a signé Le Parfum, des origines à nos jours (Éditions Odile Jacob) souligne également que « Guerlain fut pionnier avec La Voilette de Madame (1901) et Mouchoir pour Monsieur (1904) ». C’était toutefois sans compter les Années folles et les garçonnes, dont l’esthétique fut popularisée par le roman éponyme de Victor Margueritte. S’affranchissant des codes féminins, celles-ci se coupent les cheveux, se compriment la poitrine et se parfument de notes tabac et cuir. « En 1919, Le Tabac Blond de Caron évoque le tabac de Virginie introduit en Europe par les soldats américains. Son odeur de cuir et de mousse séduit tout de suite ces femmes en quête de liberté », ajoute la spécialiste. Côté mode, Gabrielle Chanel popularise la fameuse petite robe noire. La fondatrice de la maison au double C, elle-même influencée par l’arrivée des Russes blancs en France, lance Cuir de Russie (1924), où le fond sombre s’aère d’aldéhydes. Les garçonnes se l’approprient, tout comme Habanita de Molinard, d’abord présenté comme parfum à cigarettes, afin de couvrir l’odeur du tabac. Des garçonnes gender fluid avant l’heure.
