L’EXPOSITION

Fastes et maléfices. Astrologues, magiciens et sorciers du 14 juin au 20 septembre 2009.

La sérialité des images diaboliques, ou assimilées, connaît son plein essor entre le XIIIème et le XVIIème siècle, transposant un univers empreint de fascination, de crainte et de défiance mêlées. A mi-chemin entre savoir et pouvoir, entre fastes et maléfices, les astrologues, les prophètes, et plus diversement les magiciens et les sorciers, relèvent d’un substrat mythologique commun exacerbé au plus fort d’un Moyen Age fortement christianisé.
Malgré les tentatives de réconciliation entre deux pôles, l’un naturel, l’autre surnaturel , un archétype démonologique s’inscrit durablement, réservant aux démoniaques et autres déviants un sort critique très inégal au cours de siècles fertiles à l’accomplissement de leur dessein.
De vaines superstitions en fausses prophéties, de rituels magiques en pratiques sataniques, une sémantique de la représentation prend corps à travers les oeuvres présentées (peintures, estampes, manuscrits…) interrogeant ainsi les limites de la rationalité.
Commissariat de l’exposition : Géraldine Mocellin-Spicuzza – directrice du Musée.

Comité scientifique :
– Gilbert Beaugé , sociologue, historien de l’art, chargé de recherches CNRS/EHESS Marseille Vieille Charité,
– Béatrice Beys, chercheur associé, Université de Bourgogne et Université Paul-Valéry Montpellier III,
– Annick Le Guérer, Docteur de l’Université, spécialiste de l’odorat, de l’odeur et du parfum. Chercheur associé à L’IMSIC – Université de Bourgogne. Expert de la FEBEA (Fédération du Parfum et des Cosmétiques),
– Pierrette Paravy, professeur émérite en histoire médiévale, UPMF-Grenoble II, membre de l’Académie Delphinale,
– Julien Véronèse, maître de conférences en histoire médiévale, Université d’Orléans,
– Nicolas Weill-Parot, maître de conférences en histoire médiévale, Paris VIII ; membre junior de l’Institut universitaire de France.

LE LIVRE

L’herboristerie magique par Annick Le Guérer

L’herboristerie magique in Fastes et Maléfices – Patrimoine en Isère/Musée de Saint Antoine l’Abbaye, 2009. L’herboristerie magique est   au cœur des superstitions antiques jusqu’aux pratiques actuelles, en passant par de célèbres procès, les parfums et les philtres d’amour, les poudres d’amour et de succession…

Dès l’Antiquité, les plantes aromatiques font partie de l’arsenal des mages et des sorciers. Des auteurs grecs et latins comme Lucien de Samosate et Apulée rapportent les superstitions de leur temps concernant des manipulations magiques de végétaux odorants, dont font d’ailleurs usage les magiciennes Circé et Médée.
Le célèbre procès qui se déroule dans la ville de Loudun au XVIIe siècle et qui aboutit à l’exécution du prêtre Urbain Grandier fait encore apparaître le pouvoir magique accordé aux végétaux odorants. Les religieuses se prétendent ensorcelées pour avoir respiré un bouquet maléfique. Ce sortilège s’empare du corps et de l’esprit, le parfum de la fleur se révélant être ici un instrument diabolique.

Au XVIe et au XVIIe siècles, les mixtures magiques sont décrites comme incluant des simples, plantes dotées de grandes vertus, et des plantes vénéneuses, narcotiques, hallucinogènes.
Instruments traditionnels de la séduction ordinaire, les parfums des herbes magiques peuvent devenir les agents d’une véritable captation amoureuse dont les principes figurent chez les médecins spagyriques, héritiers de l’alchimie médiévale. Heinrich Cornélius Agrippa von Nettesheim est très représentatif de cette démarche. Pour lui, les parfums des végétaux s’inscrivent dans un système complexe de sympathies énergétiques et d’antipathies répulsives. Judicieusement composés « ils attirent tous les esprits comme l’aimant attire le fer » et permettent tout aussi bien de bénéficier d’une conjonction planétaire favorable que de séduire irrésistiblement.
Dans certaines sociétés, un grand nombre de pratiques magiques attachées aux étapes importantes de la vie recourent à certains végétaux. En raison de leurs effets multiples sur le corps et l’esprit, les plantes médicinales sont convoquées en magie dans le but de faire le bien ou le mal, de donner la vie, la prospérité, la santé, le succès, le bonheur, ou d’apporter la ruine, la maladie, le déshonneur, le malheur. Nombreuses sont les traditions en faisant état.