

Contribution d’Annick Le Guérer comme membre du comité scientifique in Gemmes, une brillante histoire – Patrimoine en Isère/Musée de St Antoine l’Abbaye, dans le cadre de l’année Internationale de la Cristallographie en 2014. Dès les temps les plus anciens, bijoux et parfums ont commencé à tisser une longue histoire d’amour. Ainsi les senteurs délicates et les pierres rares répandues à pleines poignées sont-elles convoquées par le Cantique des Cantiques pour peindre et célébrer les charmes du bien-aimé. Elles s’imposent à l’évidence dans ce poème comme les plus propres à exprimer l’extase de l’épouse : « Ses joues sont comme de petits parterres de fleurs aromatiques plantées par les parfumeurs. Ses lèvres sont comme des lis qui distillent la myrrhe la plus pure. Ses mains sont comme si elles étaient d’or et elles sont pleines d’hyacinthes .
Sa poitrine est comme un ivoire enrichi de saphirs ». Une complémentarité qui s’affiche également dans les rituels religieux où les instruments du culte, et particulièrement les encensoirs d’où s’élève la fumée odorante qui établit une médiation entre les dieux et les hommes, s’ornent parfois de diamants, de perles ou de cabochons rutilants. Pierres et senteurs, souvent créditées de vertus thérapeutiques ou magiques, ont été assemblées sous les formes les plus diverses avec l’ambition d’accroître ainsi leur efficacité médiatrice, protectrice ou tout simplement séductrice : colliers, ceintures, chapelets alternant matières précieuses et boules parfumées parfois enserrées d’un résille d’or ou d’argent, bagues dont les chatons dissimulent un compartiment à odeurs. Particulièrement représentatives de cette démarche sont les fameuses pommes de senteur venues d’Orient à l’époque des croisades. Ces sphères creuses et ajourées, que l’on portait à ses narines, étaient garnies de pâtes aromatisées, destinées à combattre les effets pernicieux des miasmes porteurs d’épidémies. Leur composition était en général très complexe : musc ambre, civette, storax, encens, myrrhe, aloès, girofle, macis, cannelle, sarriette, basilic, marjolaine, menthe, nard, cardamome, rose, basilic…L’efficience du contenu était renforcée par la richesse du contenant, filigrane de métal noble fréquemment incrusté de pierreries. Leur vogue, portée par la grande peste noire de 1348 qui dévasta toute l’Europe, ne se démentit pas jusqu’au XVIII° siècle, leur rôle d’écran protecteur se cumulant avec la fonction d’affirmation tangible et éclatante du statut social de leur possesseur.