LES INROCK : Enquête « Si on sentait »

 25 juillet 2018 – N°1182

« SI ON SENTAIT » Enquête par Carole Boinet, photo Kostis Fokas

Impossible d’y rester indifférent. LES ODEURS CORPORELLES excitent, taquinent, dégoûtent, répugnent. Certains fétichistes se repaissent même d’aisselles transpirantes et monnaient leurs culottes odorantes.

(…) On ne parle pas souvent des odeurs du sexe, si ? Peut-être parce qu’il n’existe pas de langage pour le faire, rappelle Annick Le Guérer, philosophe, anthropologue, historienne française, auteure du Parfum: des origines à nos jours (Odile Jacob, 2005) : n’est pas un sens rationnel mais émotionnel. Les parfumeurs et œnologues distinguent les odeurs en se forgeant un vocabulaire qui n’est pas universel. Ils classifient en recourant à d’autres sens: ‘verte’, ‘sombre’, ‘acide’, ‘douce’. Ou ont recourt à la source de l’odeur : mazout, café, lierre, fleur… Mais l’odorat n’a pas son vocabulaire. Pourtant, et le sexe sont très liés, affirme-t-elle.

Freud considérait par exemple que l’homme devait refouler son odorat car il était trop lié à la sexualité et l’empêchait de fonder une famille. Il pensait que nos ancêtres qui marchaient à quatre pattes avaient le nez près du sol et donc un odorat prononcé, et que la civilisation n’avait pu se développer que lorsqu’ils s’étaient redressés. Les philosophes des XVIIIe et XIXe distinguaient l’odorat de la vue et de l’ouïe, les sens de la connaissance. C’est Nietzsche qui a combattu le mépris envers l’odorat en disant que de là venait son génie. (…) LIRE L’INTEGRALITE